Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 18:35






- Texte lu (et composé)
à l'occasion de l'Estival de Pan! d'hier -

J'ai du mélanger savon et dentifrice pendant mon déménagement,
ou épuisé, samedi, ma dose pour 2 jours,
une fois n'est pas coutume, ce texte est dénué d'éructation ou de gros mot,

gageons qu'il y gagne en clarté et soit moins "
hermétique" que l'accoutumée
(cf : prochain Fit-Back)


Enfin, je laisse aux yeux, à défaut des oreilles, le découpage "lecture".
.






Voilà l'été.

L'été et ses longs cordeaux de souvenirs, réifiés, emballés,
dans de vieux journaux dont l'éphémérité n'avait, semble-t-il, résisté au nettoyage de printemps que pour un jour d'été comme celui-ci,
de film bulle qu'il faudra un peu se retenir de percer, de draps suaires qu'il faudra jeter, de cartons de couches récupérés de haute lutte à la tournée des Prisus pour y charger
nos petits papiers dépoussiérés, qu'on rendra à la poussière aussi tôt déballés,
y remiser nos livres, qui en perdent leur alphabet,
soit, tout un lot de cercueils provisoires que l'on fera taire à coup de scotch, le temps d'un convoi funèbre.
Choisir, ce que l'on jette aux orties, ou conservera au formol, sur nos étagères, de simples souvenirs ou de mobiles mobiliers,
choisir, ceux que l'on abandonne sur les lieux, ceux qui nous suivront, hanter d'autres lieux,
choisir, appelle toujours à quelques minutes de silence.

Et comme en été, les étés d'autrefois, faire le bilan et regarder, le temps d'une parenthèse, à la fois en avant et en arrière,
voir ce qui résistera à l'été, et faire le tri entre qui vous aime assez pour vous aider à distinguer la vaisselle fêlée, la babiole sentimentale dont il faut se séparer, le nécessaire, l'indispensable, l'évidement vital - de luxe et de superflu,
assez pour grimper vos hauts, filer vos bas, de votre 5ème-sans-ascenseur,
bref, qui vous aidera à écrémer votre vie en bristol.
Car c'est toujours en été qu'on scelle les contrats, que l'on reconduit ou non les baux,
que fleurissent les noces, que se prononcent les divorces,
qu'on enterre le passé, qu'on récolte le blé de l'année à venir.

C'est toujours en été que l'on déménage, et qu'on y reconnait les vrais amis, du moins à ce que l'on dit.
Un autre cliché de plus, pour ces deux mois ou l'on en prend toujours trop,
en vue de les ramener à ces mêmes amis, qui vous aiment assez pour se taper avec le sourire vos 12 pellicules d'instantanés grotesques et fastidieux,
ou vos 5 étages - sans ascenseur - à porter vos cartons.

Une petite idée, dit-on aussi, des quels seront les premiers à vous enterrer,
quand l'heure de votre propre minute silencieuse sera venue.
Qu'ils sont toujours moins nombreux ou plus, que ce que l'on en croit, à ce qu'on en dit toujours. Mais allez savoir,
les cimetières regorgent de charognards, guettant les carcasses sacrifiés au néant,
de pleureuses italiennes qui n'avait jamais vu le mort de son vivant,
et ne voit parfois pas l'ombre de ceux qui, en revanche, auraient sans hésité attraper une pelle, sur un simple de ses appel, sans poser de questions, pour enterrer un cadavre génant qu'il aurait eu sur les bras.
Mais on ne dispose pas toujours d'un cadavre génant mais propice sous la main dans sa cave,
c'est peut-être pousser loin le scrupule de s'en fournir un pour y reconnaitre ses amis,
quant au vôtre, enfin, il se moquera bien de qui viendra jeter sa petite pelletée de terre.
Alors, reste l'été et les déménagements pour faire place nette sur sa tombe,
revoir un peu et prendre de l'avance sur son testament.

De l'avance, pour ceux-là, par exemple,
qui vous estiment assez pour sacrifier une belle journée d'été,
chèrement gagnée à la sueur de leur front qui lorgnent toute la semaine vers la fenêtre ouverte par delà l'open-space,
où,
vous, suinter salinement sereinement au soleil près de chèvrefeuilles grimpant les évents de vos narines,
où vous,
leur accordez la grâce, le privilège d'une pensée, car vous n'êtes pas bégueule et leur pardonnez d'être des travaillants, et le leur prouvez, même,
en leur offrant la perspective d'une bonne suée commune,
d'un mors aux dent à la mort de leur semaine,
car vous êtes conciliant et organisez même ces réjouissances tout exprès le week-end pour avoir l'honneur de leur présence,
et qu'on vienne encore, avec de telles attentions, vous accusez de manquer de considération,
quand vous leur offrez de si bonne grâce la faveur de si délicates opportunités de prouvez leur délicatesse, en transportant de leur main tendues et consciencieuses le contenu de vos contenants,  
que vous avez lumineusement classer au feutre clair d'un court mais habile poème :
" Attention Fragile ".

Ou pour celui-ci, surtout, qui aura la force morale de vous prêter ses épaules
pour vous aider à porter les balourdes planches qui rayonnaient votre vie,
désaturer votre bahut de ses vieilles nippes et ses vieux dossiers,
d'affronter l'antique écrasante armoire, héritage de mémé,
qui dans sa mémoire - laquelle, de loin ne se compte plus en homme - doit cacher de plus lourds secrets qu'un vulgaire placard,
de bien plus lourds, même, que ceux que n'en racontait, à voix basse, mémé.
La force morale d'aller braver stoïquement avec vous l'agglomérée de crasse agglutinée, pétrifiante sous l'électro-ménager.
Supporter la vue de tout les détails clandestins,
les recoins qui se conservent à l'obscur des parois moites,
les mucosités et les peaux mortes grassement accumulées au formica de la salle de vos vieilles eaux,
impudeurs et pudeurs qui ont croupies et fleuries aux quatres coins de la pièce ou des années durant vous avez rempli et vidé des bains mousseux de votre propre crasse,
où vous cherchiez chaque matin à paraitre plus potable, sous renfort de karcher rabotteur de portrait, de serviettes-éponge, d'huiles et de crèmes, de pâtes fluorées,
vous étouffant les pores de déo 24h, vous pulvérisant le musc de parfum composé,
ou s'étale les masques, les soins, les antidépresseurs
et toute votre pharmacie qui lève son voile de pudeur
sur tout vos bobos actuels ou passés, les terribles, et les triviaux,
de l'anti-hémorroïdaire au collyre pour conjonctivites chroniques.

Celui ou celle qui ne vous enverra pas plutôt engager des professionnels en transport de divan,
et accourra, sur des jambes biens solides, vous assister, inébranlable,
à reboucher les trous, les creux à coups de mastics,
à passer l'éponge, voire un pinceau, trempé à blanc, sur la porte fendue au crayon d'une échelle aux mesures du marmot à 2,3, ou 6 ans.
Ou qui prendra sa masse à deux mains
pour casser ces vieux murs qui ne tiennent plus debout.


Voilà l'été, et que ça déménage.
Par mezzaLunaSainte-Simone - Publié dans : A(vant)-PROPOS - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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