Lundi 15 juin 2009


" Les jambes les plus meurtries de Paris  " ? Je crois que je viens de gagner ma première dan et le niveau national.
A les croire, sans doute, je l'ai fait exprès, histoire d'encore rien foutre pendant que je déménage.
De toutes les manières, je suis une vraie fouteuse de merde. C'est bien connu.


Tom est inquiet, Tom est peiné, Tom me porte, Tom a eu très peur et Tom culpabilise. Pourtant Tom assure. Je le rassure : Lorsqu'il a eu son permis en mai, je lui ai dit que maintenant, il pourrait lui même me conduire à l'hôpital - il y a 6 ans, je m'étais Scar fesse sur la table en verre qu'il avait oublié de jeter. En un temps record, il m'a rassuré, trouvé une bagnole, 1ers secours et jeté la table. Inquiet, peiné, portant, très peur, culpabilité. Je portais un pantalon de lin blanc, je m'étais racheté le même, je le portais hier. Je déménageais la semaine suivante, je déménage la semaine prochaine. Fichue loi des séries. Personne ne prend soin de moi comme lui, c'est notre dernière semaine sous le même toit. Tom assure.
Ce qui faut pas faire pour que tu me fasses faire un tour en bagnole.
Tom rit. Moi, je pleurais après coups -et blessures, quand c'est arrivé. C'est pour ça que c'est arrivé. La parfaite chute d'une vraie dégringolade. Faut que j'expulse ça très vite, ça commence à me faire très mal. Mon genou fait de l'éléphantiasis, j'ai un creux dans le dos, deux bosses à la tête et le nez, surtout, douloureux. Je suis passée sous un métro et c'est la gauche de Bouldu qui me fait le plus mal. Ca et autres petits tracas. Je préviens que j'y mets pas les formes, je publie que pour la forme et pour mémoire cette escalade de ChateauRouge avec descente jusque sous le métro.

On s'en doutait, en même temps, que ça finirait mal, que ce serait encore n'importe quoi. Les anniv de Cyril, c'est l'apocalypse, tous les ans. La plus grosse biture de l'année en famille, avec pas que la famille. Le déversoir fin d'année scolaire, avant le résultat des exams. Et ma famille a à coeur ses traditions. On y tombe dans la Seine, on se bat, on montre nos fesses, on lèche des vitrines, on grimpe sur des caisses pour chanter quand les autres dansent aux milieu de la voie, on s'endort n'importe où, on casse tout plein de bouteilles et on en boit des caisses. Ces soirs-là, on frôle 100 fois la mort et le coma éthylique.

J'arrive donc à ChateauRouge, déjà en alerte.
Relativement tendue-détendue, mais pour l'instant ça va. Je dis pas bonjour à l'autre ex de Romain, qui sait pas trop se faire de copains, ça l'énerve parce qu'il doit l'occuper tout seul. Il commence à me saouler (cocktail sucdecancurasotpulcovodka bleu électrique, c'est bon !) pour me détendre. En même temps, il me saoule encore avec ses bravades lourdingues d'homo qui s'était-trop-longtemps-tu,
ses "on se comprend, entre enculés et souligne *clin d'oeil* " j'assume,  je suis pas la seule " ( ah la geuze ! ).  Puis, gradation, il me spéciale-dédicace-grasse bien fort " tu sais bien que ça me fait pas triquer " quand je lui touche l'épaule en riant (je ris, je commence à être gaie, ça aide). Je lui réponds *clin d'oeil à l'assemblée* " t'es bien le seul et *clin d'oeil à son ex* on sait bien que ça a pas toujours été le cas". Réflexes, dit-il. Mettons.
Ok, ok, il est homo, il me lit, y'a pas moyen. Ok, ok.
Il fait un peu la moue et vient m'en rajouter une couche sur mon érotomanie je-te dis-que-tu-me-fais-pas-bander. Ok,ok. Ce que tu voulais, c'était être moi plutôt qu'avec moi. C'est ça qui te fait triquer. Pour ce que j'en ai jamais eu à foutre. J'essaie de lui faire rentrer dans le crâne que je suis ravie qu'il soit homo, même, je demandais que ça, du platonique, avant de perdre les pédales parce qu'il m'a laissé croire qu'il en crevait de pas m'avoir baiser, mon ami crève à cause de moi, je veux bien jurer-parjurer ce qu'on voudra. Qu'on m'aime toujours avec une bosse qui déforme le pantalon, lui était mon ami. Je sais pas s'il a compris, mais j'entends deux bouchons qui sautent, je saute sur le champagne.

Je suis encore plutôt alerte. J'avise le répondeur de F., plaisir gratuit de sa petite voix champagne.
Si je fais pas triquer cet homo-là, j'ai plus de chance avec les filles, même hétéros. Et j'y suis pas insensible. Je sais pas ou elle les trouve, super filon inépuisable, les copines d'Alice sont toujours bandantes et rock&roll, j'ai bien envie de faire amie-amie. L'une vient me faire du rentre dedans, jolie petit grain de beauté au coin de la bouche, bien joli brin la mouchetée. Elle me parle que de cul, je lui réponds seins, elle répond les deux. J'ai deux mains, deux yeux qui me sortent de la tête, l'eau à la bouche. Je cherche des yeux une chambre à l'ombre des yeux pour nos mains et nos bouches. Ce serait trois fois rien.

Je file appeler F. pour me remettre les idées en place, je commence à avoir les crocs, sur l'écran, message d'alerte.
C'est Igor. Il s'est fait agresser dans le métro. Petite descente. Je m'alarme. Fausse alerte, rien de grave. Il frime un peu, me dit qu'il s'est pas laissé faire. Il est pas trop abimé, alors je lui dis que je suis très fière de lui. Les hommes de ma vie sont des vaillants qui ne se lassent pas de crier " regarde maman! " quand il font la roue. Des enfants ! F.,  Igor et Tom - évidement, les hommes de ma vie sont des enfants, des rois, des héros. Pas des Quichotte, mais des Quijada. Derrière moi, la soirée dégénère un peu, le pote de Paco continue à chercher tout le monde, des verres se brisent. Je commence à m'inquiéter. En fait, un truc en particulier m'inquiète, autant pas y aller par quatre chemins. 
  
F. ne répond pas, ne rappelle pas. Je suis en warning, la pente est glissante, quand Cyril veut faire la paix, je sais comment ça finit.
Cyril, l'Androgyne. L'amitié torride, la baise chronique, toujours ratée. Une vieille histoire de fierté déplacée, de pudeur et de malentendus, mode It's smell like teen spirit. Quand je l'ai rencontré, c'était déjà un mix entre Edward Furlong et Kurt Cobain. Il portait des chemises à carreaux trouées, des épingles à nourrices à ses manches, ouvrait ses bières sur le bord des tables en salle de perm, des bandeaux sur les poignets qu'il s'était ouverts avec des ciseaux un jour qu'il s'ennuyait. Ce SEX-SEX-SEX qu'il lui clignote partout sur la peau, une balade rue Saint-Denis, et ses manières de me signifier que réciproquement. Des envies de se faire outrage mais qui passeront jamais avec une nuit isolée, trop de pudeur, trop de tise, et je préfère qu'on reste amis. Et chaque fois qu'on baise, un petit ressentiment qui grandit, jusqu'à ce que ça explose. On se rabiboche, on se rapproche et on scelle notre amitié dans un plumard. Et rebelote. Hier, il me fait un grand sourire de drague, il phéromone, il s'excuse, on se réconcilie.

Alerte rouge ! F. ne répond toujours pas. Je fais sonner, 5ème message.
Je retombe sur Cyril dans la cuisine, je lui dis que je peux pas saquer sa meuf, que c'est promis je suis pas jalouse, même si je le trouve toujours sexy. La pote d'Alice nous rejoint, je suis à 2 doigts de me péter le frein. Mon roi, mon royaume pour une chambre. Je serre les dents, Bouldu rôde, murmure quelque chose à l'oreille de la meuf de Cyril qui raboule. Je file appeler F. Cyril embrasse sa grue, lui dit quelque chose, je le vois
serrer les poings dans ses manches derrière le dos - chez lui, signe qu'il ment, qu'il est mal à l'aise, je suis une idiote et F. ne répond pas, Je vais pas foutre en l'air tout ça pour une mauvaise baise de plus. Je crois pas qu'il foutrait en l'air son confort bourgeois pour ça non plus. Alors, je décide de payer l'ardoise que je lui dois. Que sous ces histoires de baise, de fantasmes à tuer, c'est surtout les sentiments que j'assumais pas. C'est bête, mais je me sens tout de suite mieux.

Il est 5' du mat et j'ai réglé presque tout mes comptes. C'est le moment de lâcher la dernière bombe.
Les hostilités sont ouvertes et je fonce sur Bouldu. Je l'attaque ouvertement, un ou deux vilains mots. Il me bouscule en plus de les rendre. Je demandais pas mieux. Je le secoue, il m'en met une sur le pif. Je le chope par les cheveux comme une furie en lui mettant des chassés. C'est aussi jouissif que la fin de Deathproof. Et alors que je m'apprête à lui filer le coup de grâce, sorti de nulle part, le pote de Paco déboule en voyant là l'occasion inespéré qu'il a cherché toute la soirée. Il m'attrape, engage Bouldu à me mettre une raclée. On nous sépare, on le vire, les filles viennent me réconforter, je me pose dans la cuisine, Tom me tient bonne compagnie. La soirée continue sur sa lancée, personne n'est vraiment choqué. Michel, qui 4 heures plus tôt était si content de me voir, me noyait sous les déclarations d'affection, mon obstination à foutre en l'air "notre belle amitié", vient me faire la morale putain-de-fouteuse-de-merde ! Tom convient que c'est du foutage de gueule, me prend par le bras, catégorique : " On se casse ".

On laisse le champ de bataille, j'ai plus la moindre envie d'entendre F.
La pression retombe, la guerre fratricide est enfin finie, les torts partagés, l'innocence reconnue, ma garde est tombée, je suis libre. Je me crève de larmes de soulagement (je suis liquide-liquide, en ce moment). L'armistice aveugle, embuée, en sortant du métro, je prends une dernière rafle. Alors que la rame repart, ma jambe glisse entre deux wagons, la roue me tord le genou, m'étend au sol, me râpe. J'en réchappe par miracle. Je boite un peu, mais c'est pas nouveau. Dans une semaine, je serais de nouveau capable de danser.

Je ressemble à une victime de guerre, mais je suis une vraie miraculée, de ces derniers mois, de ces dernières années, de l'underground.

Par mezzaLunaSainte-Simone - Publié dans : Post-Reports - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

On est où, déjà ?

Post-it

Quelle heure il est ?

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Tu me cherches ?

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus