Samedi 13 juin 2009

Lucrèce attendra, c'en est un avant-goùt, sous l'influence des liquides et des poissons sexys, de ma mère qui eût la bonne idée de me rappeler que Tom est né le même jour que mon père (avec un air de lever les sourcils que je pige pas et que je trouve un brin malsain)
un
De profundis a plu cette nuit, éclair de lui, voici, voici l'orage(tm).



Je me suis souvenue de ça. C'est remonté d'un coup dans ma gorge au réveil, liquide, liquide. Je rêvais de je ne sais plus quoi.
Non. C'est faux. Je rêvais de F. J'étais avec lui dans un bus. Ou dans la rue. Ou les deux. Puis ici. Puis ailleurs. Des trucs anodins. Mais j'étais avec lui. Et j'arrive pas à trouver ça anodin. Ce type me liquéfie. Et j'en ai honte. Forcément. Alors je dis que je rêvais de je ne sais quoi. Forcément. Ca a rien à voir avec ce truc que j'ai eu au réveil. Mais je sais pas, c'est pas anodin.
Comme un première-personne-du-singulier-apostrophe-accord-du-verbe-tabou qu'on laisse passer peut-être parce qu'il appelle ça faire l'amour (aïe !). Parce que la pièce est noire. Que l'on est ivre. Mais qu'on répète matin. En le trahissant. En le traduisant. En faisant un dessin. Mais transparente quand même, ce type me liquéfie, mais l'eau est pure comme un torrent alpin.
Je crois que je le pense, tiens, je t'ai même fait un dessin.
Une bise condescendante sur le front de l'enfant. D'ailleurs, il a juste répondu merci. Et il m'a caressé la tête. Comme à un enfant. Est ce qu'il ne sait pas que ceux que j'ai laissé me toucher les cheveux se comptent sur les doigts d'un lépreux manchot ? Rien d'anodin. Jamais. Même sans chercher à tout subordonner. Jamais. Rien d'anodin, en soi.

Je suis liquide, liquide, remplie au goutte à goutte. Mais toutes les gouttes sont comptées.

Et je me suis souvenue de ça. J'ai ressenti ce truc en sortant de ma sieste.
J'avais déjà eu ça, une ou deux fois. Lors de rêves érotiques. Des pornographiques, j'en fait pas. Ou peut-être, je m'en souviens pas. Au contraire de moi, mes rêves ne tolèrent que les préliminaires. Les poursuites, la course au nid, l'effeuillage. Ou les pièces couleur matins, odeur d'après-l'amour.
On respire dans ma nuque, soleil me caresse l'épaule, Cartier mélangé à mon parfum, des draps froissés, mes pieds nus, une main sur mon sein, malgré l'ellipse le corps qui-sait-bien. L'abandon, l'intimité, les voluptés de la mollesse, le laisser-aller rare comme un orgasme lacrymal.
Comme cette sensation. Mais là, c'était connexe à rien. Je me réveillais.
Et j'ai senti comme un bulteau de chaleur, une anémone qui se serait mis à ondoyer, se déployer sous un courant chaud. Diffusion liquide, liquide. Un plaisir solitaire, confondant, mon bas-ventre, mon flanc fragile, ma plaie qui ne se referme pas, un coup de couteau dans le dos à mon bas-ventre flanc.
Je me relâche, je n'halète pas, je n'ai pas de ces vertiges d'auto-ventilation, l'hilarité de ce relâchement-là ; j'ai les conduits liquides, liquides, détente de la nuque, le sexe triste, je pleure un peu.
Avant de lâcher mon truc anodin, je riais l'autre nuit en regardant le suçon-morsure sur sa nuque, j'auto-ventilais au matin, vapeur puis liquide, liquide, de le sentir enfin me fuir à l'intérieur. Fuir la question ouverte, vous-qui-entrez-laissez-toute-espérance, fuir La question douce torture, me fuir liquide, partir et rester là.

Brio
dirait surement que c'est un truc à retardement, comme mes vertiges de lendemains de sodomie. Comme mes ruptures pour des conneries quand ça fait des mois qu'on m'encule. Et à sec, pour que ça saigne, que ce soit liquide. Liquide jusqu'à la goutte qui déborde, jusqu'à ma lie.

Après la vague et quelques larmes, je me suis souvenue de ça, donc. La première fois où l'on a regardé sous ma jupe.
Les jours de photo de classe, la maman me collait des jupes. Je jouais qu'avec les garçons, je jouais les garçons, j'étais une fille-manquée. Une photo de mon grand-père, comme font les pauvres, en costume du dimanche, à 4 épingles tout repassé, même les cheveux et la moustache, les mains calleuses cachées derrière son dos, il fait le riche, lui qui n'a plus le sou. Photos de classe pareilles, une jupe pour faire accroire, garder de faux souvenirs. Les photos photoshopent le passé, mythologisent, les photos mentent si mieux que nous. Comme elles trahissent si mieux nos vérités qu'on veut pas voir.
J'ai une jupe et pas l'habitude. A la récré, je joue pareil. Mon premier Julien me pousse, j'y cours après pour le cogner, il s'arrête un peu plus loin, main posée ruse de sioux, genoux fléchis, décoche un trait par dessous ma jupe qui vole, droit où c'est fragile.
Je suis une fille. J'avais oublié.
La tête pleine de contes ( La reine des neiges, c'était mon préféré), j'ai l'éclat de glace, que m'a planté le père 5 ans avant quand l'a quitté sa reine, l'éclat de glace qui fond. Liquide, liquide. J'ai un grand rire qui coule de source. Et je suis si reconnaissante, qu'à Julien, je lui filerais bien toutes mes billes. La fille en moi a toujours été trop naïve.
Je suis une fille, mon secret est éventé. Julien le raconte aux copains, Julien m'attire aux wécés, je le suis sans voir que les copains nous accompagnent.
Perfide ! t'étais une fille depuis le début et tu nous l'as pas montré, ta culotte, va pas maintenant faire ta mijaurée, fais profiter les copains de tes secrets...
Je me sens coupable et liquide, liquide, la plaie qui saigne un peu. A la fin de la récré, je reste dans les wécés. Les copains ont filé, j'explose. Liquide, liquide. Tout ce que j'ai de liquide et de sel y passe, je redeviens glace. Les coups d'épée, je le jure, je le sais, ça fait mal à l'eau. Vaut mieux rester de glace, on renvoie mieux les coups, on reste à la surface quand même c'est toujours liquide, liquide en dessous.

Au printemps, c'est fragile, l'été est presque là et mes hivers sont toujours glaciaux, et liquide, liquide en dessous, en cachette, dans les grottes, les wécés, gorgeant des nappes entières, ou dans l'épaule de Thomas.

Ca me revient encore, ce soir d'orage d'été, la glace qui craque dans l'épaule de Thomas. Larmes de rire, de joie, de libération.
Sauf que les copains savaient bien que j'étais une fille. Qu'alors que Tom me libère, fait fondre ma glace, ça fait déjà des mois qu'ils m'attendent dans les wécés pour me faire payer de pas leur avoir montrer ma culotte.
Je me sens coupable, on me crache dessus. Je me prends des douches de ce qu'on voudra, une dizaine de bonshommes qui se lâche sur une nana au milieu. J'ai l'eau troublé, on la souille pire que dans les pornos hardcore qu'on regardait tous ensemble, en plissant le nez, à l'époque où j'étais pas cette fille qui aurait pu se déculotter pour eux plutôt que pour lui. Tom qui m'a vu pleurer de plaisir croit que j'en prends toujours un peu quand je pleure. Il laisse faire, il m'éponge, liquide, liquide. Jusqu'à se prendre mes éclats de glace, mon hiver en pleine face.
Je suis plus qu'un mur de glace, qui condense parfois sous la boisson. Des vapeurs brûlantes sous pression quand je me remplis de liquides liquides. L'avantage de la vodka, c'est que ça risque pas de geler. J'ai la chair, l'alcool et le verbe violents, qui tombent sous l'alcool, pour les trois je tombe à 4 pattes, triste aussi mais plus liquide, plus liquide. Sauf toute seule. Le liquide, je le garde pour moi. Le plaisir, je le garde pour moi. Le verbe-tabou aussi, je le donnais qu'aux amis, mais ils n'en étaient pas, je le donne plus du tout, ou juste un peu pour moi.
Doucement, je réapprends. Si je leur pardonne pas de m'avoir fait ça, je pourrais sans doute me pardonner de m'être laissée faire ça.
Froidement, je les coince, un par un, dans une ruelle. C'est déconcertant la facilité avec laquelle un mec baisse son froc, des je-t'aime sur la bite, la facilité avec laquelle il oublie que ça le faisait jouir de te voir te vider de ton sang. Liquide, liquide, de gré ou de force. Moi, j'ai pas besoin de les forcer, ils me suivent de gré dans les wécés.
Je disais oui, je pensais non, rien n'a changé, contente que t'aies oublié, je vais t'enculer à sec et puis te les couper, et t'auras rien vu venir.

Te la couper, tu pourras plus faire de mal, j'ai la plaie trop fragile qui se referme jamais. Quand je suis exsangue, je deviens sirène, je les attire, je chante, mais je suis carnivore, toujours assoiffée de sang, de leur corps caverneux, je m'abreuve avec férocité, pour redevenir liquide, liquide au dedans.
Ou un sphinx, peut-être bien, comme me disait Romain, dévorante jusqu'à ce que je tombe sur un Oedipe qui déjouera mon énigme. J'avais pas pigé que je n'en connaissais pas moi-même la réponse.
Petite, je m'imaginais déjà l'enfer froid, je savais déjà que c'était les autres. Mais je croyais aux héros. J'attendais " l'homme ", comme si eux seuls possédaient la clef de tout les secrets, de toutes les énigmes, même la mienne. Mais cette vieille énigme est une imposture, la réponse est plus obscure encore que la question.
L'homme. Je sais pas ce que c'est. Mais ceux là n'en étaient pas.
Pas plus que moi. Moi, qui suis liquide, liquide.


Je l'ai laissé regarder sous ma jupe, il y a posé un baiser qui guérit. Il a juste dit merci, mais ça n'est pas si triste, pas de quoi se mettre dans tout ses états. D'autant que, plus ça va, plus je me plais bien à cette température, sans l'imposture de faux oui, de faux non, ni trop chaud, ni trop froid, juste liquide, liquide et la source vive.

( Merci Tomage(tm), mon Héros, pour les piX )

Par mezzaLunaSainte-Simone - Publié dans : DeProfundis - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

On est où, déjà ?

Post-it

Quelle heure il est ?

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Tu me cherches ?

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus